SYNTEC, Anticiper les transformations RH

Dans les bureaux d’études, l’ingénierie, le numérique et le conseil, la compétence constitue la principale richesse de l’entreprise. Mais elle peut aussi se déprécier rapidement lorsqu’elle n’est pas actualisée.

Une expertise très recherchée aujourd’hui peut être automatisée, transformée ou remplacée demain. L’entretien de parcours professionnel devient alors un véritable outil de veille sur l’employabilité.

Ne pas confondre mission et parcours

Dans les entreprises relevant de Syntec, le quotidien est souvent rythmé par les projets, les missions et les clients. Le salarié peut changer régulièrement d’environnement sans que son évolution professionnelle soit réellement examinée.
L’entretien doit permettre de prendre de la hauteur et de distinguer :
• ce que le salarié réalise pour son client ;
• ce qu’il apprend réellement ;
• les compétences qu’il développe ;
• celles qui risquent de devenir obsolètes ;
• la direction qu’il souhaite donner à son parcours.

L’achèvement d’une mission ne constitue pas, à lui seul, un projet professionnel. La succession de projets doit permettre une progression identifiable.

Prévenir l’obsolescence des compétences

Intelligence artificielle, cybersécurité, data, automatisation, transition écologique et nouveaux outils de conception transforment les métiers de la branche.
L’entretien doit notamment permettre d’identifier :
• les technologies émergentes ;
• les compétences à actualiser ;
• les expertises à certifier ;
• les passerelles entre filières techniques, commerciales et managériales ;
• les risques liés à une spécialisation devenue trop étroite ;
• les possibilités d’évolution vers l’expertise, la direction de projet ou le conseil.

Il doit aussi reconnaître les compétences moins visibles : animation d’équipe, relation client, gestion de crise, transmission des connaissances, créativité ou capacité à travailler dans des environnements complexes.

Le nouveau dispositif légal

La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a remplacé l’entretien professionnel par l’entretien de parcours professionnel.

L’article L.6315-1 du Code du travail prévoit :
• un premier entretien au cours de la première année suivant l’embauche ;
• un entretien tous les quatre ans ;
• un état des lieux récapitulatif tous les huit ans.

L’échange porte sur les qualifications, les compétences, les transformations de l’entreprise, les perspectives d’emploi, les besoins de formation et les souhaits de mobilité ou de reconversion.
Il permet également d’aborder la VAE, le bilan de compétences, le CPF, les abondements susceptibles d’être financés par l’employeur et le conseil en évolution professionnelle.
L’entretien se déroule pendant le temps de travail et donne lieu à un document écrit remis au salarié. Il ne doit pas servir à évaluer sa performance ou les résultats de ses missions.

L’état des lieux : vérifier l’évolution réelle

Tous les 8 ans, l’employeur doit vérifier que le salarié a bénéficié des entretiens requis et apprécier s’il a :
• suivi une action de formation ;
• acquis des éléments de certification par la formation ou la VAE ;
• bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, l’absence des entretiens obligatoires et d’au moins une formation non obligatoire peut conduire à un abondement correctif du CPF.
Dans la branche Syntec, cet état des lieux ne devrait pas seulement comptabiliser les formations suivies. Il devrait aussi vérifier si les missions confiées ont effectivement permis au salarié d’élargir ses compétences et ses responsabilités.

Le retour après une interruption

Un entretien doit être proposé après certains congés ou certaines absences : maternité, adoption, congé parental, proche aidant, congé sabbatique, mobilité volontaire sécurisée, temps partiel parental, longue maladie ou mandat syndical.
Il est obligatoire lorsque le salarié n’a bénéficié d’aucun entretien au cours des douze mois précédant sa reprise. À sa demande, il peut être organisé avant son retour.

Dans les métiers du conseil et de l’ingénierie, cet échange doit notamment permettre d’éviter qu’une absence se traduise par une perte de portefeuille, de responsabilités, d’accès aux missions stratégiques ou de perspectives d’évolution.

La mi-carrière sans données médicales

Dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière, l’entretien doit permettre d’évoquer :
• l’adaptation des missions ou du poste ;
• la prévention de l’usure professionnelle ;
• les besoins de formation ;
• la mobilité ou la reconversion.

Même dans un secteur réputé moins physique, l’usure existe : charge mentale, sédentarité, déplacements, intensification des projets, hyperconnexion ou pression liée aux délais.
L’employeur ne peut accéder à aucune donnée de santé. Seules les éventuelles préconisations professionnelles du médecin du travail peuvent être abordées.

La seconde partie de carrière

Lors du premier entretien organisé au cours des deux années précédant le 60e anniversaire, l’entreprise doit examiner les conditions de maintien dans l’emploi, le temps partiel, la retraite progressive et les autres aménagements de fin de carrière.
Dans Syntec, ce rendez-vous peut aussi permettre de préparer :
• la transmission d’une expertise ;
• le mentorat de collaborateurs plus jeunes ;
• la formation interne ;
• l’évolution vers des missions de conseil ou d’appui ;
• la capitalisation des connaissances acquises sur les projets.

Les spécificités conventionnelles de Syntec

La branche relève de la Convention collective nationale des bureaux d’études techniques, des cabinets d’ingénieurs-conseils et des sociétés de conseil — IDCC 1486.
L’accord du 31 octobre 2019 relatif à la formation professionnelle, au développement des compétences et à l’employabilité rappelle que la valeur ajoutée des entreprises de la branche repose principalement sur les connaissances et les compétences de leurs salariés.
Il prévoit notamment :
• un entretien distinct de l’évaluation ;
• une information sur la VAE, le CPF, les abondements et le CEP ;
• la mise à disposition de guides et de supports ;
• la formation des personnes chargées de conduire les entretiens ;
• la possibilité d’adapter la périodicité par accord d’entreprise.

Ses anciennes dispositions mentionnent encore un entretien en principe tous les deux ans et un état des lieux au plus tard tous les six ans. Accord Syntec du 31 octobre 2019
À compter du 1er octobre 2026, les accords collectifs en cours portant sur la périodicité devront respecter le nouveau cadre légal.

Les entretiens liés à un mandat

L’accord de branche du 18 décembre 2024 prévoit également des entretiens particuliers pour certains représentants du personnel ou titulaires d’un mandat syndical :
• un entretien de début de mandat sur son articulation avec l’emploi ;
• un entretien de fin de mandat permettant de recenser et de valoriser les compétences acquises.

Ces rendez-vous ne se substituent pas à l’entretien légal de parcours professionnel. Accord Syntec du 18 décembre 2024
Dans les métiers intellectuels, le risque n’est pas seulement de perdre son emploi : c’est aussi de conserver le même intitulé pendant que sa compétence perd progressivement de sa valeur. L’entretien de parcours professionnel doit donc regarder plus loin que la prochaine mission — ce qui, pour un cabinet de conseil, devrait presque être une compétence native.

Principales références :
• Code du travail, articles L.6315-1 et L.4624-2-2 ;
• loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 ;
• loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 ;
• Convention collective nationale Syntec, IDCC 1486 ;
• accord du 31 octobre 2019 relatif à la formation et à l’employabilité ;
• accord du 18 décembre 2024 relatif à la promotion du dialogue social.

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