BTP – Préserver les parcours professionnels

Dans le bâtiment et les travaux publics, un parcours professionnel ne se résume pas à une succession de postes. Il se construit sur les chantiers, par l’expérience, la maîtrise des gestes, les habilitations, la transmission des savoir-faire et la capacité à s’adapter à des techniques en constante évolution.

Mais ce parcours est aussi confronté à des réalités particulières : pénibilité physique, déplacements, travail en extérieur, évolution des normes de sécurité, transition énergétique et numérisation des métiers.
L’entretien de parcours professionnel doit donc devenir un véritable rendez-vous d’anticipation.

Repérer avant de devoir réparer

Dans le BTP, l’entretien permet d’identifier suffisamment tôt :
• les signes d’usure professionnelle ;
• les difficultés à tenir durablement certains postes ;
• les compétences pouvant être transférées vers un autre métier ;
• les besoins de formation ou de certification ;
• les possibilités d’évolution vers la conduite d’équipe, la préparation de chantier, la prévention ou l’encadrement ;
• les savoir-faire à transmettre avant un départ ou une mobilité.

Un maçon expérimenté peut, par exemple, évoluer vers une fonction de chef d’équipe ou de formateur interne. Un conducteur d’engins peut développer des compétences en préparation ou coordination de chantier. Un salarié confronté à des contraintes physiques peut être accompagné vers un poste moins exposé.
L’entretien doit permettre d’en parler avant que la mobilité ne devienne une urgence.

Des métiers en pleine transformation

Le BTP doit aujourd’hui intégrer de nouvelles compétences liées :
• à la rénovation énergétique ;
• aux matériaux biosourcés et au réemploi ;
• au BIM et aux outils numériques ;
• à la performance environnementale des bâtiments ;
• aux nouvelles motorisations et technologies des engins ;
• à la prévention des risques ;
• à l’évolution des normes techniques.

L’entretien de parcours professionnel permet de comparer les compétences détenues par le salarié avec celles qui seront nécessaires demain. Il alimente ainsi directement la GEPP et le plan de développement des compétences.

Un cadre légal renouvelé

La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a remplacé l’ancien entretien professionnel par l’entretien de parcours professionnel.
L’article L.6315-1 du Code du travail prévoit désormais :
• un premier entretien au cours de la première année suivant l’embauche ;
• un entretien tous les quatre ans ;
• un état des lieux récapitulatif tous les huit ans.

Ce rendez-vous, organisé pendant le temps de travail, porte sur les compétences, les qualifications, les besoins de formation, les perspectives d’emploi, la mobilité, la reconversion, le CPF, la VAE et le conseil en évolution professionnelle.
Il ne constitue pas une évaluation des performances. Un document écrit doit être établi et une copie remise au salarié.

Le retour après une absence : préparer réellement la reprise

Un entretien doit être proposé après un congé de maternité ou d’adoption, un congé parental, un congé de proche aidant, un congé sabbatique, une mobilité volontaire sécurisée, un temps partiel parental, un arrêt de longue maladie ou un mandat syndical, lorsque le salarié n’a bénéficié d’aucun entretien au cours des douze mois précédant sa reprise.

Dans le BTP, cet échange doit notamment permettre d’examiner :
• le maintien des habilitations et autorisations nécessaires ;
• les formations de remise à niveau ;
• les évolutions intervenues sur les équipements ou les procédés ;
• les possibilités d’adaptation des missions ;
• les conditions d’une reprise durable.

L’employeur ne doit toutefois pas recueillir d’informations médicales : l’évaluation de l’aptitude et les préconisations de santé relèvent du médecin du travail.

La mi-carrière : un rendez-vous déterminant

Dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière, l’entretien doit aborder les éventuelles préconisations du médecin du travail, l’adaptation du poste, la prévention de l’usure, la formation et les souhaits de mobilité ou de reconversion.
Cette étape prend une dimension particulière dans le BTP en raison de l’exposition possible :
• au port de charges ;
• aux postures contraignantes ;
• aux vibrations et au bruit ;
• aux intempéries ;
• aux gestes répétitifs ;
• aux horaires décalés et aux déplacements.

L’objectif n’est pas seulement de conserver le salarié dans son poste actuel, mais de construire une trajectoire professionnelle compatible avec l’évolution de ses capacités et de ses compétences.

Préparer la transmission et la fin de carrière

Lors du premier entretien organisé au cours des deux années précédant le 60e anniversaire, l’entreprise doit examiner les conditions de maintien dans l’emploi, le passage éventuel à temps partiel, la retraite progressive et les autres aménagements de fin de carrière.
Dans le BTP, ce rendez-vous peut aussi organiser la transmission des savoir-faire : tutorat, accompagnement des apprentis, formation interne ou appui technique aux équipes.

L’expérience acquise sur les chantiers constitue une compétence à part entière. Encore faut-il la reconnaître et permettre qu’elle soit transmise.

Bâtiment et travaux publics : plusieurs cadres conventionnels

Le BTP ne relève pas d’une seule convention collective. Les règles applicables varient notamment entre :
• les ouvriers du bâtiment des entreprises jusqu’à 10 salariés — IDCC 1596 ;
• les ouvriers du bâtiment des entreprises de plus de 10 salariés — IDCC 1597 ;
• les ETAM du bâtiment — IDCC 2609 ;
• les cadres du bâtiment — IDCC 2420 ;
• les ouvriers, ETAM et cadres des travaux publics — IDCC 1702, 2614 et 2409.

La convention collective, la catégorie professionnelle et les éventuels accords d’entreprise doivent donc être vérifiés avant de déterminer précisément les entretiens applicables.

La particularité des travaux publics

L’accord du 11 mai 2023 relatif au CPF dans les travaux publics fait de l’entretien un espace privilégié de co-construction des formations.
L’employeur peut présenter les formations qu’il accepte de cofinancer et le salarié peut proposer un autre projet. L’entretien doit également s’appuyer sur la cartographie des métiers et tenir compte des transitions environnementales, numériques et technologiques.
Cet accord recommande de transmettre préalablement au salarié et au manager les informations utiles, de former les personnes qui conduisent les entretiens et d’utiliser des supports adaptés. Accord du 11 mai 2023 relatif au CPF dans les travaux publics
Il prévoyait une périodicité de trois ans et un état des lieux tous les six ans. Comme les autres dispositions conventionnelles antérieures, ce calendrier devra respecter le nouveau cadre légal applicable aux accords en cours à compter du 1er octobre 2026.
Dans le BTP, l’entretien de parcours professionnel ne doit donc pas arriver lorsque le salarié ne peut déjà plus exercer son métier. Sa véritable utilité consiste à ouvrir une voie d’évolution pendant qu’il est encore possible de choisir — car un parcours solide, comme un bâtiment, se prépare bien avant l’apparition des premières fissures.

Principales références :

• Code du travail, article L.6315-1 ;
• Code du travail, article L.4624-2-2 ;
• loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 ;
• loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 ;
• accord du 11 mai 2023 relatif au CPF dans les travaux publics ;
• conventions collectives nationales du bâtiment et des travaux publics applicables selon l’activité et la catégorie professionnelle.

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