Transport & logistique
Garder les parcours professionnels en mouvement
Dans le transport et la logistique, les métiers ne se limitent plus à conduire, déplacer ou entreposer. Géolocalisation, automatisation des entrepôts, motorisations alternatives, outils numériques, traçabilité et nouvelles contraintes environnementales transforment profondément le secteur.
L’entretien de parcours professionnel doit permettre aux salariés de ne pas subir ces évolutions, mais d’en devenir acteurs.
Anticiper la perte d’une aptitude ou d’une habilitation
Pour un conducteur, un ambulancier, un cariste ou un opérateur logistique, l’exercice du métier peut dépendre d’un permis, d’une aptitude médicale, d’une qualification ou d’une autorisation particulière.
La suspension ou la perte de l’une de ces conditions peut fragiliser immédiatement le parcours professionnel.
L’entretien doit donc permettre d’anticiper :
• le renouvellement des permis, habilitations et formations obligatoires ;
• les conséquences d’une éventuelle restriction d’aptitude ;
• les compétences transférables vers un autre emploi ;
• les possibilités de reclassement ou de reconversion ;
• les passerelles entre conduite, exploitation, logistique, maintenance et encadrement.
Un conducteur expérimenté peut, par exemple, évoluer vers la formation, le tutorat, la gestion de parc, l’exploitation ou la prévention. Un préparateur de commandes peut se diriger vers la gestion des stocks, la coordination d’équipe ou le pilotage des flux.
Accompagner la transformation des métiers
Les entreprises doivent désormais préparer leurs salariés à l’évolution :
• des systèmes de gestion des transports et des entrepôts ;
• des équipements automatisés ;
• des véhicules électriques, hydrogène ou utilisant d’autres énergies ;
• des outils de traçabilité ;
• des règles environnementales ;
• des exigences de cybersécurité ;
• de la relation avec les clients et les donneurs d’ordre.
L’entretien de parcours permet de mesurer l’écart entre les compétences détenues et celles qui seront nécessaires demain. Il constitue ainsi une source essentielle pour la GEPP et le plan de développement des compétences.
Ce que prévoit la loi
La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a remplacé l’entretien professionnel par l’entretien de parcours professionnel.
Selon l’article L.6315-1 du Code du travail, le salarié bénéficie :
• d’un premier entretien au cours de sa première année dans l’entreprise ;
• d’un entretien tous les quatre ans ;
• d’un état des lieux récapitulatif tous les huit ans.
Cet échange porte sur les compétences, les qualifications, les transformations de l’entreprise, les besoins de formation et les souhaits de mobilité ou de reconversion.
Il permet également d’aborder le CPF, ses abondements, la VAE, le bilan de compétences et le conseil en évolution professionnelle.
Réalisé pendant le temps de travail, il donne lieu à un document écrit dont une copie est remise au salarié. Il ne doit pas servir à évaluer ses résultats ou sa performance.
Préparer les retours d’absence
Un entretien doit être proposé après certaines interruptions d’activité : congé de maternité ou d’adoption, congé parental, congé de proche aidant, congé sabbatique, mobilité volontaire sécurisée, temps partiel parental, arrêt de longue maladie ou mandat syndical.
Il devient obligatoire lorsque le salarié n’a bénéficié d’aucun entretien au cours des douze mois précédant sa reprise.
Dans les métiers du transport, cet échange peut permettre de vérifier les besoins de remise à niveau, l’actualisation des formations réglementaires ou les conséquences professionnelles d’une évolution des équipements.
Il ne doit toutefois jamais devenir un entretien médical : les informations de santé relèvent exclusivement du salarié et du service de prévention et de santé au travail.
Réorienter avant l’usure professionnelle
La conduite prolongée, le travail de nuit, les horaires irréguliers, les manutentions, les vibrations ou les gestes répétitifs peuvent rendre certains emplois difficiles à exercer durablement.
Dans les deux mois suivant la visite médicale de mi-carrière, l’entretien doit notamment aborder :
• les éventuels aménagements du poste ou des missions ;
• la prévention de l’usure professionnelle ;
• les besoins de formation ;
• les possibilités de mobilité ou de reconversion.
L’objectif n’est pas d’attendre que le salarié ne puisse plus occuper son emploi, mais d’identifier une nouvelle trajectoire suffisamment tôt.
Organiser la dernière partie du trajet
Le premier entretien organisé au cours des deux années précédant le 60e anniversaire doit examiner les conditions de maintien dans l’emploi, les aménagements de fin de carrière, le temps partiel et la retraite progressive.
Dans le transport et la logistique, il peut également permettre d’organiser la transmission de l’expérience par :
- le tutorat ;
- l’accompagnement des nouveaux conducteurs ;
- la formation interne ;
- le contrôle des pratiques ;
- la transmission des règles de sécurité et des connaissances opérationnelles.
Une branche particulièrement diversifiée
Le transport ne relève pas d’une convention collective unique. Le transport routier de marchandises, le transport de voyageurs, le transport sanitaire, le déménagement, la logistique, le transport de fonds et les activités auxiliaires présentent chacun des obligations et des métiers particuliers.
Le présent texte concerne principalement la Convention collective nationale des transports routiers et des activités auxiliaires du transport — IDCC 16. Cette convention comprend notamment une annexe relative à la formation professionnelle, à la sécurisation des parcours et à l’emploi. Convention collective des transports routiers et activités auxiliaires
Les anciennes dispositions conventionnelles prévoyaient notamment :
• un entretien distinct de l’évaluation professionnelle ;
• une information préalable permettant au salarié de préparer l’échange ;
• la formalisation des positions exprimées par les participants ;
• l’identification des objectifs de professionnalisation ;
• l’intégration des conclusions dans la démarche d’anticipation des emplois et des compétences ;
• un état des lieux récapitulatif tous les six ans.
Ces dispositions devront désormais être articulées avec le nouveau régime légal et sa périodicité de quatre et huit ans.
La transition de 2026
À compter du 1er octobre 2026, les accords collectifs en cours portant sur la périodicité des anciens entretiens devront respecter le nouveau cadre défini par l’article L.6315-1.
Les entreprises devront donc vérifier leur activité précise, leur convention collective, les accords sectoriels applicables et les échéances déjà engagées.
Dans le transport, un parcours peut changer de direction sans nécessairement arriver dans une impasse. À condition, bien sûr, de regarder la route suffisamment tôt — car même le meilleur GPS RH ne recalcule pas un itinéraire que l’on refuse d’anticiper.
Principales références :
• Code du travail, article L.6315-1 ;
• Code du travail, article L.4624-2-2 ;
• loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 ;
• loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 ;
• Convention collective nationale des transports routiers et des activités auxiliaires du transport, IDCC 16 ;
• accord du 12 avril 2017 relatif à la formation professionnelle, à la sécurisation des parcours professionnels et à l’emploi, modifié par ses avenants.


